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tracer d'autres lignes, essayer.
✒︎2 – Lever des confusions pour avancer.

De ma lettre précédente, je mets une phrase en exergue : « un mémoire à rendre en [3 mois] et non une thèse sur 3 ans ou plus ! ». Finalement, c’était mon chemin de ces dernières semaines : lever la confusion entre mémoire et thèse.

Parce que même si je présentais succinctement ce qui était demandé dans le mémoire, je me suis empêtrée dans deux questions (qui s’entremêlaient) :

le mémoire, c’est une mini-thèse non ?

Je repensais à beaucoup de ce que j’avais entendu sur les parcours doctorat, l’élaboration des thèses, méthodologies de recherche, pratiques,… Ça m’embrouillait autant que ça me stimulait. J’essayais de tout entrevoir pour mon mémoire. Le piège : vouloir ne rien oublier de ce que j’avais appris + avoir une exigence démesurée de ce que je devrais savoir/faire en fonction de l’étape d’apprentissage où je suis. Me reprocher de ne pas avoir intégré des étapes que l’expérience pas-encore-vécue pourrait m’apporter.

[Entre les lignes] Y’a pas de fumée sans feu : c’est un relent d'expériences passées. Parmi elles, devoir faire des exercices de mathématiques de CM2 alors que j’étais en CM1 avec des échecs répétés (car inévitables) et les pressions dans l’apprentissage avec conséquences plurielles. L’écriture de ce mémoire fera peut-être partie d’un cycle désapprentissage-réapprentissage. Je verrais bien. [/fin]

Au final, tout ce que j’avais entendu m’entrainait souvent à précipiter l’opérationnalité lorsque j’identifiais des pistes : engouffrée dans un entonnoir, je me retrouvais frustrée aussi de ne pas aborder d’autres points (d’autant plus que j’ai conscience que je peux partir dans un tunnel de concentration sauf que… 3 mois guys, 3 mois.)

Par exemple : comme il est nécessaire de se renseigner sur l’existant autour de notre sujet, je me suis rendue à la bibliothèque universitaire pour avoir un aperçu de comment les livres type guide/manuel abordait la question de la bibliographie.

Bon. J’arrivais au même constat que pour les cours dédiés à la bibliographie : de la technique (choisir les bons mots-clefs, utiliser le bon outil), de la forme (les différentes normes à respecter et la mise en page). Point.

Rien sur les sujets qui m’animent à travers la constitution des bibliographies : la construction eurocentrée et androcentrée des savoirs, la colonialité du savoir (Mignolo, 2013), la blanchité (venant des études anglophones Whiteness Studies mais dont les contextes pluriels en francophonie devraient éviter de faire l’économie de ces études, que ce soit sur le plan épistémique et/ou universitaire ou plus globalement), la décolonisation des méthodologies, une démarche éthique…

Pas très étonnée. Pas même par cette phrase trouvée dans L’art de la thèse. Comment préparer et rédiger un mémoire de master, une thèse de doctorat ou tout autre travail universitaire à l’ère du Net. — BEAUD Michel, GRAVIER Magali, et DE TOLEDO Alain (2006) Coll. Grands Repères Guide. Paris : La Découverte. p.85 :

De là, je me suis mise à penser à comment je devrais organiser une bibliographie critique de l’ensemble de ces ouvrages et publications pour appuyer que mon sujet me semble peu abordé. (Peu car je n’ai pas la prétention de pouvoir faire une bibliographie exhaustive) Ce travail m’a semblé tout d’un coup bien dense pour un mémoire et à nouveau, je me suis rendue compte que je ne savais toujours pas ce qui relevait de thèse ou mémoire.

hop, demande d’un rdv avec Eddy Banaré, un des deux directeur·ices de mémoire. Au cœur de notre échange, il me dira :

“Foisonnant”. Ce mot-déclic dont j’avais visiblement besoin. D’un seul coup, c’est comme si j’avais le droit de respirer dans le mémoire. J’avais le droit d’exprimer, et d’explorer.

Repartant chez moi, je pensais à la suite : “sans que ça parte dans tous les sens”. Et question structure, je repensais à un atelier avec Elatiana Razafimandimbimanana, co-responsable du Master, sur des conseils pour une écriture académique. Je les retranscris ici avec ma compréhension : des subtilités m’ont probablement échappées.

Une écriture académique : 1/3 d’écriture « intime » (une croyance et son illustration par une expérience intime ou observée décrite le plus factuellement possible) + 2/3 (analyse, concepts, sources, argumentations avec d’autres lectures, mise en relation et discussions entre ce qu’on a lu, questionnements). À noter : il n’y a aucune hiérarchisation stricte entre les éléments cités. Beaucoup est question de proportion et fluidité dans notre texte.

Le soir-même, je dessinais sur une grande feuille blanche mon fil conducteur avec des étapes construites autour des éléments précités. Je pouvais commencer à écrire une base pour construire le reste de l’édifice ? Pas avant d’avoir répondu à la deuxième question.

est-ce que mon sujet est à la hauteur des enjeux politiques actuels ?

Parce que j’ai envoyé à E.B la citation sur “l’intelligence” avec mon premier constat sur les manuels/guides, il m’a parlé d’Umberto Eco et de Comment écrire sa thèse. Première édition en 1977 par Bompiani : Milan, Italie. Deuxième édition en 2016 par Flammarion : Paris et une traduction depuis l’italien par Laurent Cantagrel.

Livre Umberto Eco : Comment écrire sa thèse. un monsieur blanc avec une dégaine de détective avec un chapeau gris s'appuie sur le titre

Il date ? Oui et non. Le titre semble revenir sur la première croyance ? Oui et non.

Lorsqu’Umberto Eco parle de thèse, c’est contextualisé à l’Italie mais je n’y reviens pas dessus : ce que j’y ai trouvé, ce sont les questions qu’il pose, les repères, les vigilances, les tabous sur l’exploitation des doctorant·es,… Eco va donc plus loin que les manuels rencontrés jusque là, avec un style d’écriture et une proximité qui me parle. Et par-dessus tout, il aborde la question d’intrication politique/scientifique.

Parce que dire que tout est politique comme un bon vieux slogan n’est pas si éclairant que ça, voici la citation dans un paragraphe-clé pour ma réponse-clé :

Je suppose que j’aurais besoin d’y revenir régulièrement pour me dire que mon travail sera utile, à moins que je me rappele d’une expérience déjà logée en moi par la publication de mon recueil de nouvelles féministes ! Il y a une des nouvelles dont je n’étais pas pleinement satisfaite. J’hésitais à l’insérer dans le tapuscrit final mais je l’ai fait pour une raison que j’ai explicité :

Finalement là où je souhaitais proposer un geste créatif que d’autres saisiront pour les dépasser, Umberto Eco le dit aussi dans ces mots :

Ça m’évoque ces trois questions qui ont davantage guidé le semestre 3 en lien avec les situated knowledges (Haraway, 1988) et que j’ai aussi répondu pour le mémoire lui-même.

D’où je parle ?
À qui je parle (en priorité) ?
Au bénéfice de qui j’adresse (en priorité) mes recherches/mon travail ?

En image ?

Cette illustration de tayz_sti / gemm publiée y’a quasi 1 an.

sur fond rose flashy, plan rapproché sur le visage d'une personne noire. Il y a une libellule verte flashy dans ses cheveux lâchés, un sweat jaune, un tragus. Une main blanche cadavérique aux ongles longs et rouge foncés apparaît à sa gauche et dispose un bouton devant son oeil gauche.
(@_tayz_sti sur insta / @gemm sur facebook)

La suite ?

Dans la prochaine lettre, je parlerais de ce qui m’a aidé à construire mon fil conducteur, ma revue littéraire et comment je me détache de ces appels à lire toujours plus et accumuler des sources.

Parce que mon sujet de mémoire se traduit aussi dans les pratiques de ce mémoire.

Merci de m’avoir lue.