– 1ère partie –
Ici au pays, en terre kanak, lorsque nous faisons une coutume pour montrer notre visage, nous nous présentons en parlant d’où nous venons, de quelle terre, qui nous sommes et ce que nous venons faire avec nos intentions. C’est une marque de respect et d’humilité que de rappeler tout cela avant de prendre la parole. C’est rappeler à partir d’où l’on parle, à travers quel regard et quelle histoire.
Ici à l’université, nous sommes dans un lieu de production de savoirs dits scientifiques qui organise ce à quoi nous allons avoir accès et la manière d’y accéder. Par ailleurs, nous ne venons pas comme une terra nullus : nos savoirs (et notre ignorance) parlent d’un cadre de références que nous avons intégré consciemment ou non. J’affirme sans difficulté que l’objectivité n’existe pas en soi. Nos savoirs sont et seront donc situés. Nos recherches dans le choix du sujet, de la méthode, du matériel seront également orientées a minima par ce cadre de référence, par qui nous accompagne (ou non), par l’université où nous sommes et par le contexte du pays où nous nous trouvons. Ce n’est ni bien ni mal, c’est un constat.
Il y a eu plusieurs productions sur l’Universalisme (Niang et Suaudeau, 2022), sur les contributions de la théorie féministe du standpoint (Harding, 2004), sur l’ignorance blanche (Mills, 2007), sur le Contrat Racial (Mills, 2007) et le Pacte de la blanchité (Bento, 2024) et tant d’autres à mobiliser… Pourtant au sein de l’Université de Nouvelle-Calédonie, dans un pays sur la liste des territoires à décoloniser depuis 1986, il n’y a toujours aucun ouvrage relatif aux Whiteness Studies et sur la blanchité à la Bibliothèque Universitaire de Nouvelle-Calédonie.
Le « t’es qui toi ? » prégnant ici n’est toujours pas intégré par les personnes qui résident ici dans leur processus de réflexion et de production de savoirs locaux. Je me questionne sur l’intérêt de la recherche scientifique dans le domaine des Lettres, langues et sciences humaines (LLSH) par les personnes blanches si elles ne prennent pas en considération leur blanchité elle-même (et nous pourrions avoir le même raisonnement en lien avec le genre, l’identité de genre, l’orientation romanticosexuelle, le handicap…). Je ne dis pas qu’il faut que la blanchité soit le point central de leurs recherches mais parmi les mémoires, thèses, doctorat, combien de personnes blanches ont mentionné le quel point de vue d’où elle parlait ? Combien ont fait ce retour à soi pour regarder leurs recherches autrement ? Combien ont réfléchi à leur position de personnes blanches qui prennent un sujet non-blanc comme terrain pour leur propre parcours ? Combien l’ont fait apparaître dans leurs travaux ? Avec quels discours ? Quels termes ?
Aussi : à quoi bon vouloir construire des projets pour décloisonner les savoirs si des enseignant·es-chercheur·ses se cloisonnent en refusant de prendre en compte leur blanchité ? N’est-ce pas aussi ça contribuer à réduire les injustices épistémiques ?
A la suite de ça, j’ai décidé d’ouvrir ce blog d’écriture de recherche pour la travailler aussi hors des devoirs de Master mais pour être cohérente avec ce que je viens de dire, j’ai commencé par écrire une part d’autobiographie mêlée d’analyse avec comme axe : me situer sur le plan racial en répondant à cette question Pourquoi et comment je suis blanche.
Pourquoi cette question ?
Dans la vie quotidienne,
J’ai acquis l’habitude d’introduire que je suis blanche par rapport aux propos que je vais énoncer afin de les situer, je le fais :
- à l’oral, y compris lorsqu’on me voit, y compris si je suis face à une/des personnes blanches. Cette simple évocation interpelle la majorité du temps, mais c’est vraiment pour ne pas dire tout le temps. Se dire blanc·he dans un monde où être blanc·he est défini comme une norme devient une entorse aux échanges attendus. J’ai des retours divers qu’ils soient verbaux (« c’est raciste », « tu racialises tout », « tu ne vois plus que par ça », « peu importe ta couleur ») ou non-verbaux (gêne, trépignement, étonnement, agacement). Si besoin est, je rappelle que c’est un constat et que si le fait de m’énoncer blanche est perçue comme négative, cela indique plutôt que dire noire ou arabe pour ces personnes est péjoratif. Ce n’est pas seulement la première évocation qui dérange, c’est que j’en ai fait une habitude. Beaucoup pensent que ça va me passer, et celleux qui l’interprètent sans le dire comme de la performativité en deviennent distant·es. Il n’y a plus que ça qui semble résonner de mon discours dans leur oreille et il ne faudrait pas trop leur rappeler leur propre blanchité. À travers cette énonciation et les réactions, cela m’aide souvent à délimiter la réflexion de la personne (blanche ou non blanche) sur les questions de race.
- à l’écrit que ce soit sur du texte long (exple : Le bruit des verrous 1, du texte de taille moyenne (exple : mes publications sur les réseaux sociaux), du texte court (exple : introduction sur mes réseaux sociaux les plus actifs : « blanche et antiwhitefem »sur Twitter / Bluesky), ou encore à travers le visuel (ex: l’illustration de la couverture arrière du livre cité.) : c’est quelque chose que j’ai acquis et je reviendrais sur les différents déclics.
Dans le cadre d’une écriture de recherche,
Il m’était primordial de l’aborder pas seulement comme une énonciation dans une liste mais bien dans un article consacré. Ce que j’y écrirais me permettrait également d’y revenir à distance pour développer les entre-lignes ou saisir des angles morts après d’autres échanges et/ou documentation. Je voulais donc tracer des contours mais j’ignorais comment articuler l’ensemble de ce que j’avais à dire. À travers son article « Comment pensent les chercheuses blanches ? Propositions épistémologiques et méthodologiques » 2, Marie-Anne Paveau m’a soufflé un titre en une phrase : pourquoi et comment je suis blanche. Le ton était donné, je pouvais me mettre à table.
Cet écrit s’articule à travers différentes expériences personnelles, des mises au point qui pourront donner l’occasion à des écritures de recherche ultérieures plus approfondies.
Comprendre son appartenance au groupe des personnes blanches.
Selon Marie-Anne Paveau, « la blanchité n’est pas une évidence mais une catégorie dans laquelle on entre par assignation : il faut être, en quelque sorte, désigné·e ou perçu·e comme blanc·he, remplir un certain nombre de conditions. » 3
Si je suis blanche depuis ma naissance avec tout ce que cela entraîne comme conséquences (quand bien même on ne les comprend/voit pas au début), j’ai compris ma blanchité dans l’enfance, à deux reprises. La première fois, le mot « blanc·he »n’a pas été posé pour moi : le racisme de proches envers d’autres personnes que j’aimais m’ont permis de comprendre que je faisais partie d’un groupe, le leur (le mien ?) : celui des blanc·hes. En lien avec la citation de Marie Anne Paveau, je dirais donc plutôt que j’y suis entrée à la fois par assignation indirecte et auto-assignation. C’est aussi là que j’ai compris que des personnes ne pouvaient pas être autre « chose »qu’un groupe indifférencié dans la bouche d’autres. L’individualité (et ce que l’on connaissait de particulier à ces personnes) n’existait pas ou plus pour elles. La perte de sens pour moi commençait là sans savoir y mettre des mots.
Aujourd’hui avec mon regard, je peux mieux identifier le mécanisme de déshumanisation qui opérait et en quoi cela fabrique le consentement et à la participation directe et indirecte à des génocides (notamment du peuple palestinien), à la nécropolitique migratoire à l’extérieur de l’hexagone (notamment en Méditerranée) mais aussi à l’intérieur (notamment par des constructions de Centre de rétention administrative sur Nantes, soit des prisons pour étrangèr·es) ou encore dans cet entre-deux que sont les colonies d’outre mer (notamment l’assassinat de personnes kanak par des forces de l’ordre françaises et des miliciens blancs en Kanaky, notamment l’incarcération de militants politiques comme Le R en Martinique (libéré entre temps) ou la déportation de Bichou Tein vers les geôles françaises). Autant de notamment pour cibler qu’il y a bien d’autres illustrations dont la construction de l’ignorance blanche me laissera de côté pendant longtemps. Des aperçus au journal télé, des commentaires cadrés, des parents qui y adhèrent ou qui ne savent pas décortiquer. Les réponses viendront avec le temps.
En miroir, c’est aussi la fabrique de consentement à soutenir certains Etats (notamment le soutien inconditionnel à l’Etat génocidaire d’Israel avec un « droit à se défendre » qui va à l’encontre du droit international) et certains groupes (notamment les Ukrainiens, soit « des européens qui partent dans leurs voitures qui ressemblent à nos voitures » selon Philippe Corbé, le 22/02/2022 alors journaliste et chef du service politique sur BFM TV, des « européens de culture, une population qui est très proche, très voisine » selon Christophe Barbier sur BFM TV, « des ukrainiens qui encore une fois participe de notre espace civilisationnel » 4. L’idée est uniquement de noter la différence de traitement opérée par les acteurices politiques et de l’espace médiatique en faveur des personnes blanches, non de soutenir la guerre impérialiste à l’encontre du peuple ukrainien. Une différence de traitement qui a par ailleurs pu entrainer une grande colère et un premier mouvement de désintéressement aux enjeux de l’invasion du sol ukrainien par la Russie.
L’islamophobie à domicile, l’islamophobie à l’école.
Vers 10 ans, fin des années 1990, j’ai entendu ma mère tenir des propos islamophobes en voyant des images de guerre au Moyen-Orient. Vers 14 ans, début des années 2000, j’ai entendu C. un copain de collège tenir des propos islamophobes dans la cour de récré. Aux deux, j’ai signifié avec mes mots et attitudes que je ne comprenais pas, que je n’étais pas d’accord. Apparemment des avis irrecevables alors j’ai mentionné aux deux un exemple d’une personne de notre entourage et qu’iels ne pouvaient pas l’insulter puisqu’iels savaient qu’iels n’étaient pas ce qu’iels proféraient. Je le croyais en tout cas. A ma mère, j’ai parlé de H. ma nourrice, soit celle à qui elle m’a confié tous les jours de mes 3 mois à mes 8 ans, sauf lors de ses vacances en Algérie. Elle m’a répondu que H. n’était pas celle que je croyais (?), qu’elle avait essayé de tirer bénéfice des guerres (?). À C., ce copain, j’ai parlé de M. avec qui nous étions tous les deux « bons copains » Lui c’est pas pareil. (?)
Je ne comprenais pas.
Dans la première situation, j’ai senti mon coeur se briser, un sentiment de trahison très fort. Ce n’est que plus tard que me vint le questionnement de pourquoi m’avoir confié à une femme algérienne si c’est pour penser des mauvaises choses envers les femmes algériennes, ou plus largement les arabes qu’elle nommait avec mépris ? La raison de ça ? J’ai compris qu’il n’y avait pas d’autre raison que le racisme. Visiblement cette femme était assez bonne pour m’aimer, m’élever, me garder en dehors de l’école, me préparer à manger, à boire, me bercer d’amour, soigner mes bobos, me faire rire ou plus simplement : permettre à ma mère de ne pas être une mère au foyer et de s’épanouir professionnellement 5, mais elle n’était visiblement pas une femme suffisamment bonne pour échapper au respect. Dans la logique raciste, assez bonne est à traduire par exploitable, suffisamment bonne par blanche.
Dans la deuxième situation, j’ai été dans une incompréhension totale de ce que je trouvais injuste. Et de par l’expérience précédente, je savais que je ne pourrais pas en parler au domicile. Finalement, dans les deux cas, je n’avais pas d’autres ressources pour aller plus loin dans ma réflexion et pour en parler. Je me suis tue.
Comment je suis restée une blanche ignorante.
« Il n’est rien sorti, et je n’ai rien pu en faire, car, il y a quarante ans, la blanchité comme idée ou concept n’existait évidemment pas dans le milieu des armées françaises en poste « outremer », dans ces anciennes colonies encore si colonisées. Dans ce milieu sans réflexivité politique, officiellement neutre mais idéologiquement à droite, où le racisme était un mode conversationnel normal, on ne disait pas la violence coloniale mais on la perpétuait dans le silence de l’évidence. » 6 J’ajoute qu’y compris dans les postes qui ne sont pas « outremer », la blanchité comme idée ou concept n’existait et n’existe toujours pas plus dans le milieu des armées françaises.
Cette connaissance passive m’a conduite à ne pas réagir lors des insultes de « sale blanc » entendues en dispensaire ou en prison : j’avais intégré qu’elles ne m’étaient pas spécialement adressées en tant que personne mais qu’elles étaient des réactions légitimes au racisme subies par les personnes non blanches. En somme, des expressions de colère justifiées, d’autant plus sur cette terre toujours colonisée où je suis arrivée. Je passais outre et je faisais ce que j’étais venue faire : être une auxiliaire de santé.
Je mentionne le milieu soignant à dessein. À l’image de toute corporation dans la société française, il n’échappe pas au racisme systémique. La particularité du milieu soignant est de se draper derrière la blouse blanche. Celle-ci prodiguerait automatiquement une « neutralité bienveillante »à toute personne qui revêt cette cape magique. Arguant le fait d’être « là pour soigner / guérir / aider / prendre soin »7, les soignant·es seraient les anges sur nos vies, nos vies ? Au moment où je suis infirmière, aucune discussion n’est possible sur ce sujet-là : le racisme, s’il est abordé, l’est sur un plan moral seulement 8 et d’effacement des rapports sociaux de race 9. Là aussi, à l’image de la société française. Des constatations faites (toujours moins que celles que j’aurais pu faire en étant moins ignorante) ne suffisent pas à tenir les échanges, ni comprendre les tenants et aboutissants.
Pourtant, dans le cadre de ma formation infirmière, j’ai assisté à un cours complet sur le « syndrome méditerranéen ». Croix Rouge Française de Toulouse, 2006-2010. Ici, un médecin européen installé depuis « des années » me dira en toute décontraction que « si en france, y’a le syndrome méditerranéen, ici y’a le syndrome calédonien pour ne pas dire autre chose ». 2023.
Aujourd’hui, j’affirme sans problème que ces insultes sont les meilleurs moyens de se regarder en tant que soignant·e blanc·he. Et si elles nous heurtent tant que ça, il est primordial de commencer à assumer pourquoi nous faisons ce métier : nous sommes habité·es par læ Sauveur·se blanc·he en nous que l’on peut extraire d’un concept plus global : le White Savior Industrial Complex. (Teju Cole, 2012)
Comment je suis devenue une blanche moins ignorante.
En quelques mots ? Je l’ai choisi puis j’ai fait en sorte de m’aligner avec.
Je n’ai pas choisi de perdre un emploi un secteur un entourage mais notamment grâce à ça, je me suis retrouvée face à un premier livre au titre évocateur Le racisme est un problème de blancs de Reni Eddo-Lodge. De là, j’ai choisi de poursuivre ce chemin : en écrivant des notes perso (beaucoup), en écoutant (beaucoup aussi), en me taisant (encore plus), en me documentant de façon variée 10 et en ne cessant pas aujourd’hui encore 11
Un peu plus en détail.
Être forcée à quitter mon travail en prison en 2017, choisir d’abandonner le milieu soignant, choisir ma séparation de couple, cette phase sombre pour moi fut un jalon majeur : tout venait bouleverser des habitudes repères discours et entourages. Je devais retrouver des espaces où me rétablir et grandir, sans « proches » ici.
En 2018, lors d’un bref passage sur Paris, j’ai vu sur un rayon et acheté Le racisme est un problème de Blancs, de Reni Eddo-Lodge. Cette lecture m’a donné à voir le malaise des personnes lorsque je le lisais dans les transports en commun, et aussi à quel point nous étions fatigant·es pour les personnes non blanches et que cette fatigue était (est) un outil d’oppression. Dans la même vague, j’ai écouté chaque épisode du podcast, alors naissant, Kiffe ta race de Rokhaya Diallo et Grace Ly. J’ai suivi (et suis toujours) le travail de Jade Almeida, docteure en sociologie, militante afro-féministe et LGBTQ+ . Tout ceci mûrissait.
En 2020, j’ai entamé l’écriture de Le bruit des verrous et j’ai mis bout à bout des observations, expériences et mes analyses en lien avec le prisme du genre principalement. Ça aurait pu être mon écueil : même si j’avais énoncé que j’étais une femme blanche, même si je parlais du racisme, même sans le vouloir 12, si je forçais trop sur le prisme du genre uniquement, je risquais de blanchir le sujet du système carcéral. A l’époque, j’étais accompagnée pour la méthode d’écriture par un couple cishétéro blanc qui adoptait une vision très morale, et teintée de colorblindness. En somme, je n’avais personne dans mon entourage qui aurait pu m’en empêcher soit par méconnaissance du milieu, soit par adhésion volontaire ou inconsciente au white feminism, mais je continuais mon chemin d’écriture et de réflexion.
Le bond en avant grâce aux réseaux sociaux
C’est dans ces dispositions et lors du premier confinement en France qu’en 2021, ClubHouse, un réseau social audio, fit son apparition. J’ai pu écouter des personnes noires et arabes, français·es ou sénégalais·ses, militant·es antiracistes notamment, toustes résidant en France hexagonale à ce moment : Sihame Assbague, RÆVE, Ndeye Dieumb Tall, Monira Moon, Yellana, principalement.
Pendant des mois à raison de plusieurs fois par semaine (et au minimum une fois par semaine) et pendant 3-4h en moyenne, iels organisaient des discussions toujours abordées avec le prisme antiraciste et décolonial — et féministes sur certaines discussions — autour de l’actualité ou de thèmes particuliers. C’est lors de ces moments récurrents qu’étaient particulièrement énoncés et décortiqués les notions et réalités liées au racisme, à la suprématie blanche, au Contrat Racial (Mills, 1997). Dans ces espaces, je n’intervenais que sur des situations précises comme la situation carcérale en Kanaky, ou la présence soignante en milieu carcéral (NB : j’ai effectué deux stages en milieu carcéral en France hexagonale lors de ma formation et écrit mon mémoire sur le travail pluridisciplinaire en milieu carcéral). Je partageais ainsi mes analyses et avec leurs retours (validation et/ou approfondissement), j’ai eu davantage confiance en ce que je pensais / disais.
En dehors des discussions publiques sur ClubHouse mentionnées plus haut , nous avons tissé des liens d’amitié entre nous, toujours vivaces à ce jour. C’est par là aussi que j’ai pu continuer de tracer des lignes entre mes différentes idées (en rapport avec ma réflexion sur la blanchité mais pas que : simplement car tout n’est pas à ramener aux personnes blanches, ni à comparer aux conceptions européennes) aussi à partir d’autres lieux comme le Sénégal. J’ai spécialement fait connaissance avec Zoubida Fall, une autrice et féministe sénégalaise qui organisait le lancement de son podcast Conversations féminines et suis devenue son assistante de production. Durant la première saison consacrée aux femmes sénégalaises ou d’origine sénégalaise, elles questionnaient ensemble leur place dans la société. Qu’elles soient conteuses, réalisatrices, professeuses, sociologues, artistes, politiciennes, … c’étaient autant d’accès vers des savoirs, parcours, analyses et conceptions hors Kanaky et… hors France ! Entre néocolonie française et colonie française, je trouvais d’autres chemins de réflexions qui permettaient à mon tour de questionner autrement des situations locales.
En communion avec tout ça, je parcourais différents types d’écrits de recherche et réflexion que je voyais (et vois toujours) comme des savoirs que je n’avais pas et qui m’intéressaient pour ce que cela dit ou m’évoque. Peu m’importait qu’ils soient qualifiables de non académique et partiellement discrédités à cause du support utilisé. Particulièrement sur Twitter. Quand bien même ce réseau est souvent décrit comme un réseau de la haine, de la polémique, de l’absence de débat apaisé et quand bien même la gestion de Elon Musk a détruit ce réseau en favorisant les discours réactionnaires, fascistes, misogynes, racistes, lgbtqiaphobes, etc, il y a bien autre chose à expérimenter sur ce réseau social.
Dans ce mélange de précipitation, de spontanéité et de pondération, j’ai pu lire rapidement tout un spectre de réactions et arguments : les miens que j’osais dire, les miens que je n’osais pas dire, les miens que je ne savais pas penser, les miens que je n’ai pas affiné et puis tout un vaste panel d’autres réactions et arguments. À cela, j’ai pu lire une multitude de réponses et par là : construire ma pensée, déconstruire des stéréotypes, découvrir mes impensés, prendre conscience en très peu de temps des réalités locales, régionales, intranationales, extranationales, internationales. Je me suis plutôt représentée un spectre en 2D avec pour abscisse très proche de ma réalité – très éloignée de ma réalité et pour ordonnée très éloigné de mon lieu de vie – très éloigné de mon lieu de vie. Je ne dis pas que c’est un outil utile pour d’autres, c’était juste une façon pour moi de trouver des informations dans des situations que je croyais éloignées au départ et qui faisaient finalement bouger sur mon curseur au fur et à mesure. Aussi, me distancer drastiquement de la loi de proximité invoquée par nombreux journalistes pour argumenter la légitime défense des ukrainien·nes plus que toute autre population non blanche, qui n’est en fait rien de moins qu’une alliance : celle autour du Contrat Racial (Mills, 1997).
Twitter est aussi l’endroit où j’ai appris à affiner mes analyses, à me méfier des limites de l’approche du « premier concerné » 13, à travailler avec la complexité et les particularités sans recherche de généralisation. Finalement, ces confrontations d’idées sont peut-être exactement ce qui est le plus effrayant pour le milieu académique normatif : bourgeois, blanc, masculin, cishétéro et valide.
Twitter, c’est un vivier de relations, de lectures, de savoirs dits autres. C’est aussi de multiples passerelles vers des sources académiques souvent invisibilisées. Il y a des ressources littéraires majeures concernant les SHS dont je n’ai jamais entendues parler ailleurs et qui sont par exemple absentes de la Bibliothèque Universitaire de la Nouvelle-Calédonie. Ne serait-ce que sur le sujet de la blanchité, je n’ai rien trouvé dans les rayons, ni les suggestions en ligne. Je ne suis pas surprise et pour expliquer en partie ce fait, je pose ici les mots de Marie-Anne Paveau : « On peut penser aussi qu’il n’existe pas encore de repère en termes de positionnement pour ce type d’interrogation dans la littérature épistémologique et méthodologique en sciences humaines et sociales ; et que ce discours risque d’être inaudible ou mal reçu, voire combattu en France actuellement, à un moment où la notion de blanchité ne fait qu’émerger dans un pays cognitivement et politiquement structuré par l’universalisme, le color blindness et la polémicité des discours sur la colonisation.» 14
Kanaky peut-elle s’en passer ? Définitivement non. La recherche peut-elle s’en passer ? Non plus. Elle est en proie à une inertie réflexive car elle reste cloisonnée dans des murs par confort, par haine de ce qui lui est étranger, ce qui pourrait la contrarier dans son projet de société. Des programmes de sciences ouvertes et de décloisonnement ne peuvent pas voir le jour si les universitaires n’ont pas envie de reconnaître que ce qui les cloisonne, c’est la suprématie blanche à laquelle ils adhèrent, le patriarcat et sa cishétéronormativité qui ne les dérange pas, le capitalisme dont ils pensent que tout va ruisseler, un jour, si ils travaillent beaucoup. Si je ne suis pas surprise, c’est d’autant plus sur ce point que je questionne comment je pourrais me rendre utile à la recherche pour faire bouger (trembler ?) quelques unes de ces lignes et/ou certitudes dominantes. C’est aussi comme ça que je veux éviter les sujets dont les white feminist se satisfont souvent : les textes de féministes autochtones qui, si elles étaient vivantes, ne les laisseraient pas interpréter leurs textes avec des références occidentales, bourgeoises, patriarcapitalistes. Nous connaissons déjà ce phénomène dans l’utilisation des citations et textes tronqués de par exemple quelques hommes noirs (les femmes noires étant évidemment largement invisibilisées) : Martin Luther King, Malcolm X, Nelson Mandela, James Baldwin. Des citations qui fleurissent uniquement parce qu’ils sont morts. Erigés en figures de « paix », de « sagesse » et autre parce qu’ils ne peuvent plus rappeler comment les blanc·hes les ont traités de leur vivant, que parce que leurs livres ne sont pas lus en entier, que parce qu’ils ne sont plus des menaces. J’ignore donc encore comment mais je souhaite être utile pour la recherche, au moins un peu. Je reste réaliste.
Ce que j’ai ressenti
Je me suis vue constater, faire le bilan, faire des liens, regretter mon ignorance blanche 15, repenser à ce que j’avais pu ne pas bien faire, mal faire, mal comprendre. Face aux dynamiques décortiquées, j’ai choisi d’être honnête et factuelle.
J’ai pu douter de l’ampleur tout comme j’avais douté avant ça de l’ampleur des violences systémiques liées au patriarcat lorsque j’ai ouvert les yeux dessus : parce que c’est violent à recevoir puis de relire toute sa vie avec ce prisme puis de se sentir impuissant·e.
Le fait de faire des parallèles avec mon chemin féministe (et particulièrement la confrontation régulière avec le groupe social dominant des hommes cis) m’a aidé à ne pas reproduire ce à quoi j’avais été confrontée : être remise en question sur les violences subies par moi ou par d’autres femmes, sur mes connaissances, devoir me justifier sans arrêt, faire face aux techniques de manipulations (gaslighting, sealioning, whataboutism,…), injonction à la pédagogie.
J’ai anticipé des comportements / paroles pour ne pas causer certaines réactions des personnes non blanches à la lumière de ce que j’avais compris parce que j’anticipais comment je pourrais le vivre/réagir si on me faisait pareil et je n’ai probablement pas anticipé beaucoup de mes autres paroles / actes car ne les ayant pas identifiées à ces instants. Somme toute, à partir de là, j’ai compris la nécessité de :
- reconnaître l’aspect systémique dans chaque oppression 16,
- repérer leurs particularités et leurs intrications entre les unes et les autres, la façon dont elles s’alimentent,
- prendre en compte l’intersectionnalité (Crenshaw, 1989),
- ne pas s’arrêter à l’oppression (ou aux oppressions) qui nous « concernent » directement mais de considérer les autres personnes et groupes opprimés avec un engagement pour un démantèlement global en faveur d’une justice sociale.
Comment j’ai décidé de continuer sur cette voie.
Faire le point sur quelques conséquences : les suspicions envers mon engagement
Sur la question féministe, j’avais constaté que des hommes étaient accusés de vouloir avoir des relations sexuelles avec les féministes et que c’était la raison pour laquelle ils défendaient certains sujets. Une hypothèse que j’ai pu valider par observation, témoignage et vécu. Je me demandais alors quelles seraient les suspicions ou accusations à mon égard en tant que blanche et personne assignée femme. La réponse ne se fit pas attendre longtemps : selon nombreux hommes blancs, ce serait pour avoir des relations sexuelles (énoncé de façon bien plus dégradante à mon égard) avec des hommes arabes, noirs et/ou kanak si je parle plus spécifiquement d’ici (je le précise car j’ai relevé que cette distinction noir/kanak dans les discours existait)
Cette accusation revêt un caractère raciste de fétichisation de ces hommes non blancs : ils seraient des menaces « évidentes » pour la virilité des hommes blancs cishétéro car présentés comme des partenaires sexuels exceptionnels mais dans le même temps, ils nous sont présentés de façon insistante comme des violeurs pour nous, femmes blanches. Ceci sans aucune connaissance ni considération des données sur les viols qui sont majoritairement le fait des proches de chaque femme et donc que les hommes blancs dans les entourages des femmes blanches sont/seront majoritairement leurs agresseurs/violeurs (pères, oncles, frères, grand-pères, copains, concubins, voisins, copains des frères, copains des parents, professeurs,…) Les hommes cis asiatiques ne sont pas cités car ils ne subissent pas le même genre de stéréotype quand bien même ce qu’ils subissent est aussi raciste. Ces accusations racistes misogynes et cishétérocentrées viennent en première intention des hommes blancs particulièrement, sont sans arrêt renouvelées donc finalement pas si exceptionnelles : si ces accusations n’instrumentalisaient pas des hommes non blancs, elles sont de toute façon proférées avec n’importe quel homme le reste du temps dans des échanges ne mobilisant pas les questions de race. Les conséquences ne seraient donc pas si nouvelles pour moi sur ce point.
Faire le point sur quelques conséquences : une exclusion sociale violente (ou isolement ?)
Une autre conséquence identifiée était que les personnes blanches comme moi seraient indésirables dans les cercles sociaux blancs qu’elles fréquentaient. La raison (déchirer le Contrat Racial (Mills, 1997)) peut nous être explicitée ou pas mais l’exclusion sociale, elle, est toujours effective, parfois sans bruit, parfois violemment. C’était inévitable et donc : 2018 m’a apporté cette leçon.
À cette époque, j’étais élève à la seule école de Burlesque du territoire. C’était la seule activité qu j’avais et qui me changeait tant bien que mal les idées en sortie d’arrêt maladie, en sortie de séparation et de fin d’exercice d’infirmière sur fond d’abus de pouvoir de la part de ma hiérarchie hospitalière. Lors de la répétition d’un spectacle qui devait être présenté en Australie, j’assiste interdite à la présentation d’un numéro qui n’est rien d’autre que la réalisation en direct d’un barbouillage 17, joué par une artiste euroaustralienne et descendante d’aborigène, applaudie par l’ensemble des personnes présentes (femmes eurocalédoniennes, françaises et une femme noire).
Refuser d’applaudir, partir de la salle, appeler plusieurs fois la directrice artistique, une femme blanche, lui laisser un message vocal lui demandant de me rappeler avant de partir en Australie, m’étonner (encore) qu’elle ne me rappelle pas elle si prompte à le faire quand il s’agissait de me demander de faire des photos de spectacle, rédiger une publication facebook pour le cercle du burlesque et les informer sur ce que je connaissais alors sous le nom de blackface, expliquer l’acte raciste, son histoire, être lue par d’autres élèves (des femmes blanches) de l’école et recevoir des « mdr », être ignorée. Puis apprendre que la directrice artistique prévoyait un numéro intitulé « Ya bon banania » (numéro que je ne connaissais pas mais le nom suffit) et qu’elle l’a changé en cours de route. Puis apprendre que le numéro du barbouillage a bien eu lieu, que ce fut mal reçu (à raison) par la scène australienne, que l’artiste fut interdite de remonter sur la scène finale, et de se produire sur scène australienne. Suite à une publication d’excuse de la part de l’organisation australienne envers le public, vint la publication d’une autre femme blanche pour parler de justice sociale et adresser ce qu’il s’était passé. La directrice artistique (sa patronne à l’époque) essaie de la recadrer. Je commente pour soutenir la proffe et essayer de raisonner la directrice artistique. S’en suivra du cyberharcèlement à mon encontre de la part de personnes blanches majoritairement et de la seule femme noire, toutes virulentes. Je n’ai pas reçu de soutien. Je choisis alors de quitter facebook à ce moment-là pour faire cesser (je croyais) le phénomène de groupe.
S’ensuivra une convocation à une réunion présentée comme une réunion pour aplanir. Je l’appelle encore le G27 car 27 personnes dont la directrice artistique, son mari, l’artiste en question, la deuxième proffe de burlesque, des élèves (femmes blanches et un homme blanc) ainsi que l’unique femme noire de tout le groupe sont présentes. Avant cette réunion, j’ai fait le choix d’écrire une longue lettre pour expliquer le pourquoi de ma prise de position contre le racisme, l’histoire du barbouillage et l’instrumentalisation des personnes noires par les personnes blanches comme des cautions : une volonté de justice. J’ai envoyé cette lettre à la directrice artistique et à la seule femme noire. Pourquoi elle ? Parce qu’à travers écran, elle fut particulièrement virulente à mon égard mais j’avais remarqué que les autres l’encourageaient et la prenaient pour caution puisqu’elle était « contre moi » Lorsque je suis arrivée ce jour-là, j’étais assise, tout le monde me regardait de loin, quasi personne ne m’approchait (ce qui n’était pas les habitudes). Elle me demanda néanmoins de rester calme et ne pas faire de scandale car elle était face à un dilemme : ces femmes seraient ses potentielles clientes et si elle me défendait, elle pourrait les perdre. C’est aussi assise dans mon coin que j’ai entendu la jeune femme noire arriver et 3 autres femmes blanches lui demander « Prête pour monter sur le ring ? » J’ai espéré qu’elle comprenne à ce moment-là ce qu’il se jouait. Pendant plusieurs heures, j’ai récolté des attaques personnelles les unes à la suite des autres. La jeune femme noire n’est pas entrée dans ce jeu-là. Lorsque ce fut fini, je n’avais de toute façon pas le droit de dire ma vérité. Ce n’était pas mes amies mais le Burlesque était le seul espace-temps qui me maintenait la tête hors de l’eau dans ce que je traversais par ailleurs. A ce moment, je perdais beaucoup en perdant cet espace mais en sortant de là, je savais que je ne plierais pas et que je quittais cette école. Je ferais mon chemin seule, très seule, et comme je pourrais.
Je compris qu’effectivement, je serais traitée comme « traître à ma race »
Quelques années plus tard, des années de silence de leur part, j’ai pu recroiser par hasard des femmes blanches qui avaient participé au cyberharcèlement, au G27 ou à la complicité par silence. Chacune à l’abri des regards des autres femmes et particulièrement de la directrice artistique a souhaité s’exprimer pour se décharger : certaines essaieront de se disculper en me disant qu’elles étaient trop sensibles, d’autres que j’étais trop en avance et que j’étais incomprise, d’autres que j’étais trop brutale, d’autres que je les impressionnais tellement qu’il « fallait se mettre en meute« . en meute, les termes sont bien ceux-là. Je ne pense pas que je les impressionnais, je pense qu’elles ne voulaient pas briser leur confort de pensée, leur habitude de danser et plus que tout leur connivence blanche. J’ai refusé chacune des non-excuses car je refusais de resigner un pacte avec elles car aucune n’avait compris le problème du barbouillage, elles souhaitaient juste laver leur conscience et soigner leur image sociale. J’ai alors compris comment les blanc·hes, en plus de dénoncer les propos et comportements racistes des autres personnes blanches, peuvent choisir de ne pas les rassurer sur les questions raciales en refusant de : leur ménager un espace de réconfort, prendre au sérieux leurs larmes de femmes blanches (Accapadi, 2007 ; Hamad, 2021), les rassurer dans leur fragilité blanche (DiAngelo, 2018).
Il y a une seule personne avec qui nous avons sincèrement pu échanger sur le barbouillage, ses origines, les conséquences et les problèmes de cette banalisation : l’artiste en question recroisée elle aussi par hasard. Elle m’a expliquée qu’étant descendante d’aborigènes, cela l’avait profondément blessée d’avoir pu blesser des personnes noires par son acte et que depuis elle s’était beaucoup renseignée pour ne plus reproduire d’autres comportements racistes.
Faire le point sur quelques conséquences : la solitude.
Si j’exclue les fois (nombreuses) où les personnes blanches s’approchent de moi parce que je suis blanche et qu’elles semblent penser que je vais adhérer aux dog whistle, aux déclarations racistes, aux références culturelles hasardeuses, si j’exclue les fois (nombreuses) où les personnes blanches pensent avoir trouvé en moi l’employée idéale (parce que blanche) qui pourra reproduire le tri au sein de leur institution ou de leur entreprise, si j’exclue les fois (nombreuses) où l’engagement des personnes blanches pour les questions de race est superficiel et aléatoire, juste assez pour en tirer une certaine image sociale, faire partie du groupe de progressiste qui correspond à une « gauche » avec des « valeurs de gauche », de ce côté là il ne reste pas grand monde de ce groupe social avec qui communiquer sainement et posément est possible, y compris la famille. Les divisions sont nettes parce qu’il y a un coût social à payer.
Mais en miroir, je mise aussi sur le coût social au niveau :
- des relations intimes et proches : dire et faire comprendre à son entourage que des propos / actes violents (donc racistes sur cette question) ne sont pas tolérés au point qu’il y aura des conséquences concrètes dans la relation intime / personnelle. Je peux passer du temps à expliquer par acquit de conscience et parce que je suis consciente que j’ai aussi eu à faire un chemin mais devant absence de modification ou certaines actions/propos sans ambiguïté ni excuses possible, je peux prendre la ferme décision de ne plus collaborer à un semblant de normalité. Là aussi, je réfléchis en fonction d’un spectre de réactions, avec un curseur à placer entre interagir et ne plus interagir du tout.
- des relations de subordination au travail : signifier le désaccord de valeurs pour briser des schémas. Lorsque j’étais secrétaire médicale, un cardiologue sur Nouméa tenait régulièrement des propos racistes en dehors de la présence des personnes soignées mais en leur présence, les comportements et le mépris suintaient de racisme. Lorsqu’il s’en prit à un jeune patient kanak en pleine salle d’attente, mon intervention pour stopper son comportement lui déplut. Cela lui déplut tout autant quand je réitérai l’injustice de son intervention dans la salle d’à côté. Vint le temps où mon CDD devait être converti en CDI et il me convoqua pour signifier qu’il ne se sentait « pas à l’aise avec moi ». Pas à l’aise. Je répondis platement que « ça tombait bien, c’était réciproque ». A nouveau, bousculer ce qu’il attend (que je me taise) parce qu’il est médecin, parce que c’est un homme, parce que nous sommes blanc·hes. Savoir ce que l’on attend de nous, c’est aussi nous permettre de forcer des barrages érigés par des critères. C’est se construire tout un panel de réactions pour des situations variées. 2022, j’ai eu une hystérectomie totale par laparotomie suite à un fibrome au CHT. Hormis lorsque c’était la chirurgienne qui était à mon contact, j’ai subi 7 jours de violences gynécologiques et médicales par des médecins, anesthésistes, infirmièr·es, aide-soignant·es. A l’issue, j’ai rédigé un rapport écrit pas tant pour moi mais pour les suivantes parce que je savais qu’en tant que personnes blanche et en tant qu’ancienne soignante, je n’ai pas vécu certaines violences. Lors d’un entretien avec le service patientèle, le service qualité et un autre service, j’ai alterné analyses et exposition de mes émotions et il y en a une que j’ai particulièrement choisi de partager : le dernier jour de mon hospitalisation, on m’a fait repartir du service de gynécologie, traverser tout l’hôpital, trouver deux services de paiement différents et rejoindre le hall d’entrée alors que j’étais pliée de douleurs, que je tirais ma valise. L’infirmière et l’ensemble de l’équipe m’ont regardé partir avec le sourire sans me demander si j’avais besoin d’un fauteuil roulant. Son sourire m’a donné envie de la frapper. Et sur le trajet, je me voyais poser une bombe. Je voyais le CHT en feu. Ce n’était pas une intention, c’était l’expression de la douleur majeure que je ressentais à ce moment. (Suis-je encore en train de me justifier ?) J’ai choisi de détailler cette sensation et ce désir de faire exploser. Face à moi, que de mines compréhensives et pleine de compassion. Je le savais que ça arriverait alors j’ai enchainé : je comprenais totalement les violences envers les soignant·es mais qu’on braquait toujours le projecteur sur la personne qui frappait ou insultait. J’ai également mentionné que si c’était une personne noire ou arabe, elles n’auraient pas eu le droit à la même compassion face à de tels propos. Pour moi, c’est un enjeu de rendre les barrières poreuses, des barrières que les personnes blanches érigent ou ont accepté ainsi érigées.
Plus tard, je passe un entretien pour un poste de secrétaire en remplacement avec une médecienne blanche en libéral. La secrétaire en poste est là, elle est non blanche et océanienne. En moins de 10 minutes, la médecienne me dit que je suis la bonne recrue. Je n’ai pas eu le temps de dire quoique ce soit et je comprends assez facilement que je bénéficie de ma blanchité. Alors que la discussion s’achève, elle revient sur mon expérience en prison. Annonçant qu’elle est amie avec un membre du tribunal, elle déclare sans transition ce que les statistiques sans analyse du système judiciaire lui permettent de dire : beaucoup de kanak sont incarcérés. Et en écho avec les stéréotypes racistes sur les hommes noirs et le danger qu’ils représenteraient dont je parlais plus tôt, elle fait un focus sur les hommes kanak comme des violeurs. Lorsque je lui réponds que « les hommes blancs violent aussi », je la vois alors se figer et son visage se décomposer. Elle essaie de réfuter mais je maintiens en argumentant. Sa réaction physique est telle que je choisis alors d’adopter une attitude impertinente pour la désarçonner encore plus. Par attitude impertinente, entendre rester calme et sourire tout en maintenant. A chaque fulmination de sa part, je rajoute une phrase courte et simple qui vient la chercher sur son terrain. J’invoque son statut de médecienne et qu’à ce titre, elle devrait pourtant connaître le biais de sélection vu qu’elle se repose l’avis d’une juge du tribunal et que toutes les affaires n’arrivent pas jusqu’au stade de la judiciarisation. Puis j’ajoute que pour une approche scientifique et raisonné, il faut consulter les études sociologiques. Ne tenant plus, elle me crie dessus « Vous êtes raciste anti-blanc ». Je rigole effrontément, lui montre ma peau et lui dit « mais enfin ? ». La médecienne, complètement embarquée par ses émotions (colère ?), ne peut pas voir la secrétaire qui regarde son écran et qui, elle, sourit discrètement. Les effets sont là : le plaisir d’une certaine revanche. Je tenais surtout à faire perdre les moyens à la médecienne plus qu’à rester dans de l’analyse sur l’inexistence du racisme anti-blanc. Avoir une certaine connaissance d’un sujet ne doit pas venir seul, nous devons aussi travailler à choisir les bons moments, travailler notre répartie pour les moments où des discussions raisonnables ne sont pas possible. Perdre mes moyens et mon énergie, je l’ai déjà fait sur des sujets féministes parce que ça venait chercher du vécu intime mais sur les questions raciales, j’appartiens au groupe dominant socialement : j’ai un panel d’autres réactions à explorer pour déstabiliser l’autre. C’est là que je joue ma partition. Ma croyance profonde est que les personnes ne changent pas. En tout cas pas avec un simple échange aussi argumenté soit-il car cet échange vient s’écraser sur le mur de toutes leurs propres éducations, convictions, références et environnement. En revanche, je veux ébranler leurs certitudes que toutes les personnes blanches pensent comme iels, je veux affirmer sans ambiguïté que c’est si ridicule et honteux d’être raciste. Je veux qu’iels se posent la question la fois prochaine de si iels peuvent aborder le sujet aussi facilement qu’iels l’ont fait en ma présence. Des personnes qui se mettent à douter sont des personnes qui peuvent commencer à se taire dans certains endroits, moins disséminer leurs idées racistes et moins blesser d’autres personnes autour. J’en profite pour lui annoncer que je vais refuser son poste car nous n’avons pas les mêmes valeurs et que je ne peux pas travailler avec quelqu’un de raciste. Alors que je me lève, elle se lève d’un bond et va me bloquer la porte. Elle refuse que je parte et je réalise qu’il lui est insupportable que je valide pas ses propos. Elle essaiera de réécrire l’histoire de notre conversation. Je n’argumente pas pour lui éviter toute échappatoire, toute excuse et je reste sur les mêmes positions à lui rappeler qu’elle s’est emportée, qu’elle a été irrespectueuse et que je veux partir. Elle finira par présenter des excuses, non parce qu’elle a compris qu’elle avait eu des propos racistes mais parce qu’il semble lui être insupportable que j’emmène une image négative d’elle. Je lui dis juste « ok » pour signifier que j’ai pris note et parce que je veux partir. Elle prend cela au moins pour un apaisement puisqu’elle me laissera enfin sortir. - des relations avec les clientèles / patientèles : ne pas céder aux menaces signifier le désaccord de valeurs au niveau professionnel avec les employeur·ses ou les personnes rencontrées dans le cadre professionnel. Je pense à cette femme blanche qui lors de la prise d’un rendez-vous non urgent mais qu’elle souhaitait immédiat m’avait dit qu’elle était avocate et que c’était important qu’elle soit sereine pour bien travailler et qu’elle avait besoin de toute sa concentration « plus qu’une caissière ». Je lui avais demandé si elle était en train de hiérarchiser des vies ? Je n’ai pas eu de réponse. Une énième façon dont les personnes blanches s’octroient des priorités n’ayant que peu de considération pour les personnes non blanches, et s’attendent à ce que l’on respecte ce Contrat Racial, ce Pacte de blanchité (Bento, 2024) et donc de la façon dont de notre côté, nous ne devrions pas céder par peur de conséquences. Le racisme tue des personnes non blanches, en quoi devrions ménager la susceptibilité des personnes blanches racistes qui s’énervent parce qu’on leur rappelle qu’il y a des processus qui s’appliquent pour la majorité et qu’iels devront aussi s’y soumettre de la même façon. Parce que même lorsque les personnes noires sont en situation d’urgence (ce qui n’était pas le cas de cette femme blanche), elles meurent à cause de la négrophobie (Naomi Musenga en 2017, Yolande Gabriel en 2020, Meggy Biodore en 2024, et de nombreuses autres dont on ne connaît pas les identités). 18
Ne pas exiger / attendre d’être accueillie par les personnes non blanches
Cette exclusion dont je parle plus haut ne devrait pas venir avec l’attente être accueillie à bras ouverts par les personnes non blanches.
Rentrer dans un tel schéma me semble être une considération des relations comme des récompenses, des faire-valoir dans le sens de validation de « bon·ne blanc·he » : les personnes non blanches deviendraient alors des accessoires pour sa propre image sociale. Nous serions dans l’instrumentalisation de type « J’ai un ami/mari noir » ou « j’ai un enfant métis » qui ne dit pas son nom. Et à nouveau un continuum : celui de la déshumanisation. J’ai remarqué une dynamique similaire chez les personnes blanches qui se convertissent à l’islam. Au-delà de leur foi qui n’est pas le sujet ici, l’une des attitudes fréquentes est de voir des personnes blanches se situer soudainement comme victime d’islamophobie. Les raisons évoquées sont souvent les mêmes : iels l’annoncent partout pour diverses raisons et s’étonnent d’être mal regardées par leurs proches, déjà islamophobes. Ce que les proches reprochent, c’est de se rapprocher des arabes mais les blanc·hes ne deviennent jamais moins blanc·hes même lorsqu’il y a l’exclusion sociale dont je fais mention. D’ailleurs, je nuance ici en parlant d’une exclusion sociale de certains groupes mais jamais de la société entière et qui plus est, cela ne prive jamais des acquis d’être blanc·he. Effacer le fait que ce sont principalement les femmes arabes et noires voilées ainsi que les hommes arabes qui sont la cible d’islamophobie, c’est effacer les rapports sociaux de race. C’est se remettre au centre d’un monde.
Ne pas avoir cette attente d’être accueillie à bras ouverts, c’est développer une compréhension des raisons d’un non-accueil ou d’un accueil frileux. La méfiance à notre égard est le symptôme d’expériences personnelles et/ou d’une connaissance de l’histoire et particulièrement les trahisons successives par les personnes — les femmes — blanches pour maintenir la suprématie blanche à travers les époques et l’espace au détriment des droits humains pous toustes.
Nous avons quelques exemples ne serait-ce qu’au sein des luttes féministes :
- anciennement : les suffragettes blanches contre les femmes noires, les femmes blanches esclavagistes,
- actuellement : les féministes-blanches contre les femmes musulmanes qui portent le voile, les féministes-blanches qui exploitent les femmes non blanches pour leur confort, les féministes-blanches qui prétendent soutenir les femmes autochtones mais dont le soutien est dirigé contre les hommes autochtones mais pas pour l’autodétermination de ces mêmes femmes, pas pour une lutte dans leurs termes, pas pour que les femmes autochtones s’expriment trop contre la colonisation et le racisme.
Et hors des luttes féminstes, c’est aussi voir les politicien·nes de France hexagonale des différents partis politiques se déplacer ici au pays au moment des élections mais ne pas rester assis·e plus de 5 minutes lors d’un rendez-vous prévu sur 1 heure pour écouter les personnes des quartiers populaires (principalement non blanches donc) exprimer leurs inquiétudes, leurs réalités.
Il est aussi bon de cesser de chercher à s’extraire du groupe des dominant·es lorsque nous sommes face à l’agacement ou la colère manifeste d’une personne non blanche envers des membres de ce même groupe pour ce qui nous semblerait un « petit » évènement qui sont en fait des micro-agressions. Des micro-agressions que je peux vivre de la même façon à cause des hommes cis-hétéro (majoritairement) : cet événement n’est pas petit quand il entre dans un continuum de « petits » évènements, quand il y a une accumulation. Cellui qui aura fait la « petite » action, aura eu la « petite » parole trouvera toujours nos réactions démesurées, exposera notre « surréaction », voire nous psychiatrisera (hystérie quand tu nous tiens). Et il y a une facilité chez les féministes blanches à reconnaître l’oppression patriarcale, identifier tous les impacts de ces micro-agressions mais ces mêmes féministes-blanches deviendront soudainement incapables d’analyser la même dynamique pour le racisme. Incapables ou inintéressées. Il est pratique d’avoir une analyse binaire où les femmes ne seraient que victimes et jamais oppresseurs. Et une vision bien misogyne au final si on me demande.
Pour finir sur le fait de ne pas attendre que les personnes non blanches nous accueillent à bras ouverts, j’ai néanmoins dû faire face à une réalité : dans les milieux militants auto-désignés féministes et décoloniaux locaux, j’ai pu observer plus d’une fois les femmes blanches cajolées et rassurées dans leur fragilité blanche, des femmes blanches jouer un rôle marternant et infantilisant pour se dédouaner et rester dans une catégorie de « gentils blancs ». Brit Bennet écrivait dans Je ne sais pas quoi faire des gentils blancs : « Nous voulons tous croire au progrès, à l’histoire qui va de l’avent en suivant une ligne droite, à la transcendance des différences, à la progression de la tolérance, et au fait que les « gentils blancs » sont vraiment devenus gentils. Alors, nous nous attendons à voir le racisme apparaître telle une caricature du mal, sous les traits d’un méchant à la Disney. » 19
Précision et quelques questions en suspens
Une deuxième partie plus spécifique sur Être blanche en Kanaky est en cours d’écriture. Toutefois, il m’apparaît nécessaire de faire un point d’étape sur mes questionnements en tant qu’étudiante chercheuse blanche au sein d’une université sur terre colonisée.
Note importante :
J’ai d’abord écrit ce texte avec une intention d’authenticité et de transparence mais pour la publication sur ce blog où je ne sais finalement pas qui va le lire, j’ai volontairement retiré des passages et je choisis de le mentionner pour aborder un point directement lié au sujet.
Je suis confrontée à une réalité : je ne peux pas expliciter certains points par précaution. Je ne sais pas qui lira ce papier et je ne sais pas qui pourra s’en servir et à quelles fins. Parce que tout est détournable et que cela pourrait également être réutilisé à l’encontre de collectifs et militant·es, aussi en France. Pour exemple, la judiciarisation des opposant·es ne serait ni un fait inconnu, ni un fait nouveau :
- Georges Ibrahim Abdallah, militant marxiste libanais propalestinien, condamné en 1984 en France à la réclusion criminelle à perpétuité en premier lieu. Il est libérable depuis 1999 mais toujours incarcéré malgré 25 demandes de libération conditionnelle. Certaines ont été entrâvées par le gouvernement français. L’Etat français incarcère donc le plus ancien détenu politique d’Europe.
- la judiciarisation des militant·es d’une campagne non-violente nommée BDS (Boycott Désinvestissement Sanction), lancée par la société civile palestinienne en 2005.
- Christian Tein et plusieurs militant·es indépendantistes kanak sont actuellement prisonnier·es politiques,
C’est là que réside aussi la méfiance envers le milieu universitaire qui reste une institution de construction et de promotion d’un certain type de savoirs (ceux des dominant·es) et d’ignorance (celle de toustes). Je m’interroge sur les limites dans la construction d’une écriture de recherche face à une nécessité de réserve, de secrets face à des stratégies militantes à l’encontre des différents pouvoirs et je fais l’hypothèse qu’aucune soutenance à huis clos ne serait acceptée pour « caractère de confidentialité avéré » puisque :
- ces savoirs alternatifs liées à des stratégies militantes contre les systèmes d’oppression ne sont pas considérés comme des savoirs, et leur confidentialité ne serait pas jugée nécessaire,
- j’ai assez d’expériences dont certaines explicitées dans ce travail d’écriture, pour attester que la connivence blanche et le maintien du Contrat Racial prévaut sur toutes les raisons de justice sociale, d’équité, de compassion, etc.
Au niveau des enseignant·es-chercheur·ses,
Je me questionne sur comment ielles continuent de vouloir faire reconnaître les Sciences humaines et sociales comme une science légitime si elles-mêmes ne prennent pas en compte des études en sociologie qui abordent ces problématiques. Y’ont-elles pensé en écrivant sur leur sujet ou cela ne leur apparaît-il même pas ? Je fais l’hypothèse que cela ne leur apparaît même pas puisqu’elles ont été élevées dans une idée d’universalisme bien français, et parce que le mot « race » a été supprimé de la constitution en 2018, rendant d’autant plus difficile les discussions et recherches à ce sujet (ou rendant plus facile l’effacement, le rejet et le dénigrement de tout sujet sur la question raciale)
Mais ici, le pays est reconnu comme une terre colonisée et elle est dans un processus de décolonisation reconnu par l’ONU depuis 1986 donc puisque le fait colonial semble reconnu (en tout cas en apparence), quelles sont les discussions que nous pourrions ouvrir sur la blanchité au sein de l’Université de Kanaky – Nouvelle-Calédonie ?
Comment puis-je agir ?
Cette écriture autobiographique sur pourquoi et comment je suis blanche m’aide à faire le point sur un parcours, le mien. J’ai pensé à quelques femmes blanches de ma connaissance que je connais depuis des années ou récemment, des femmes blanches qui pensent être antiracistes peut-être par leur simple volonté et parce qu’elles « s’éduquent » avec du « contenu militant ». Des femmes blanches qui face à moi me justifient tout le temps qu’elles n’ont pas osé intervenir, qu’elles sont émotives (elles), qu’elles ne savent pas parler aussi bien (que moi ?), qu’elles ne se sentent pas légitimes (de quoi ?), qu’elles n’aiment pas aller au conflit (conflit ?), qu’elles sont en train de voir une orthophoniste parce qu’elles parlent trop vite mais qu’après ça ira mieux (ah ?). A chaque fois que je les entends, je pense à ce que je ne raconte pas ici mais qui aurait pu me donner autant d’excuses pour me taire.
Mais que faire dans la recherche qui soit utile et ne repose pas sur une approche libérale ? Des écritures autobiographiques pour savoir quelle autres analyses de discours, références, rencontres font que les personnes blanches sortent au moins d’une ignorance blanche et fassent émerger des compréhensions et déclics chez certaines (c’est pas garanti) mais pour quel passage à l’acte pour le bien collectif ensuite ? Comment faire en sorte que cela ne devienne pas un énième chemin vers du développement personnel et du devenir une meilleure version de soi-même ?
Ou alors devrais-je faire un travail directement en lien avec la production de savoirs et de discours organisés / écrits par les personnes blanches au sein de l’UNC sur une période définie ? Des archives sont disponibles aux Archives de Kanaky Nouvelle Calédonie pourraient servir en ce sens. Un travail d’analyse de discours comme on analyserait des discours médiatiques à partir de quel matériel ? des thèses, mémoires, colloques proposés ? Une sorte de méta ?
Je fais le présupposé que les personnes blanches ne se situent pas sur le plan racial en début de thèse ou de tout travail, supposant elles-même leur point de vue comme universel. Dans la lignée, je fais l’hypothèse que je pourrais retrouver cette lingua franca évoquée par Marie-Anne Paveau dans son article : « La philosophe Bailey le définit plus tard comme « la lingua franca de la race chez les blanches » constituant « un discours d’exercice du privilège qui jaillit de notre bouche inconsciemment » (Bailey 2014 : 41) »20
Je pourrais :
- réaliser un recensement de : combien de personnes blanches se situent sur le plan racial dans un corpus particulier LLSH ? Dans quels termes ? À quel moment ? Pour quel usage ?
- ouvrir des entretiens avec des chercheuses blanches de l’UNC (et par la suite, selon l’angle de l’analyse inclure les chercheurs blancs ?)
Et à travers tout ça, m’inscrire dans la lignée des Critical whiteness studies et du titre de l’article de Marie-Anne Paveau.
Comment pensent les chercheuses blanches en Kanaky Nouvelle Calédonie, terre colonisée ?
Avant et après le 13 mai 2024.
Notes de bas de page :
- ATREMA S. (2024) Le bruit des verrous. Paris : BooksOnDemand (lien)[↩]
- PAVEAU M.-A. (2022) “Comment pensent les chercheuses blanches ? Propositions épistémologiques et méthodologiques » Dans Itinéraires [Online], DOI : https://doi.org/10.4000/itineraires.11709[↩]
- ibid. PAVEAU p.19[↩]
- https://x.com/_pourquoi/status/1743022671179219098?s=46[↩]
- soit un féminisme arrêté à la deuxième vague[↩]
- ibid. PAVEAU p. 20[↩]
- pick one[↩]
- « c’est pas bien d’être raciste »[↩]
- « je ne vois pas les couleurs », « on est tous pareil»[↩]
- twitter, livres, podcasts, émissions, vidéos qui soient recommandées par des personnes antiracistes critiques soit pas n’importe quelle vidéo/chaîne recommandée par un algorithme[↩]
- avec la chaîne youtube Contreuphorie de sacatove, l’émission Angles Morts du Collectif Isonomia et leur podcast, pour n’en citer que deux ici[↩]
- tout n’est pas qu’une question d’intention comme j’en parle légèrement ici : des lignes qui se creusent.[↩]
- une personne première concernée sera la plus pertinente pour parler de son vécu à différents niveaux dans son contexte, en revanche cela n’est pas gage d’une analyse pointue sur la situation. Exemple : beaucoup de femmes remettent en question le caractère systémique des violences patriarcales alors même qu’elles les subissent[↩]
- Ibid. PAVEAU p.18[↩]
- ça ne suffit pas, j’en reparlerais[↩]
- validisme, sanisme, toxicophobie, grossophobie, lgbtqiaphobie, classisme, spécisme,…[↩]
- NIANG M.-F. et SOUMAHORO M. (2019) « Du besoin de traduire et d’ancrer l’expérience noire dans l’Hexagone. »Dans Africultures. Disponible en ligne [↩]
- « D’où le statut unique de cette enquête aux résultats édifiants, puisqu’elle révèle pour la première fois, avec des données chiffrées, que les hommes sont pris plus au sérieux (à 62 % des cas) que les femmes (49 %), et que le cas est jugé moins grave quand la personne est noire : 47 % des patients noirs ont été jugés en urgence vitale contre 58 % pour les patients blancs. En croisant les données, 63 % des hommes blancs ont été placés en urgence vitale pour seulement 42 % des femmes noires, à symptômes égaux. Comparés à un patient masculin et blanc, les patientes noires sont donc moins susceptibles de recevoir un traitement d’urgence. » (COISY F., OLIVIER G., AGERON F.-X., GUILLERMOU H., ROUSSEL M., BALEN F., GRAU-MERCIER L., BOBBIA X. (2024) « Do emergency medicine health care workers rate triage level of chest pain differently based upon appearance in simulated patients? ». Dans European Journal of Emergency Medicine 31(3), p. 188-194. DOI: 10.1097/MEJ.0000000000001113 et https://www.france24.com/fr/france/20240120-les-patientes-noires-moins-bien-soign%C3%A9es-aux-urgences-un-constat-intol%C3%A9rable) [↩]
- BENNET B. (2021) Je ne sais pas quoi faire des gentils blancs. Paris : Autrement, p. 13[↩]
- PAVEAU M.-A. (2022) “Comment pensent les chercheuses blanches ? Propositions épistémologiques et méthodologiques » Dans Itinéraires [Online], DOI : https://doi.org/10.4000/itineraires.11709, p.13[↩]